INTERVIEW « Jérôme GUEDJ »

"Lutter contre l’isolement des personnes âgées et fragiles isolées en période de confinement."

Jérôme Guedj, ancien député, est l’auteur d’un rapport sur l’isolement des personnes âgées et en particulier des plus de 70 ans.
Mandaté par le ministre de la santé, il s'est vu confier la mission de "trouver les leviers" pour veiller sur les personnes fragiles pendant et après la crise du coronavirus.

Il répond aujourd'hui à 3 questions pour Silver Fourchette sur ses observations et sa vision sur le rôle clé des aidants.

1. Vous avez récemment remis un rapport au gouvernement, qu’est-ce qui vous marque le plus dans la conduite de cette mission ?

Les personnes âgées paient un très lourd tribut au COVID-19 et la situation actuelle est douloureuse pour un grand nombre d’entre elles.
Ce qui me marque toutefois au-delà de ces tristes réalités, c’est l’ampleur de l’élan de solidarité actuelle à leur égard. La vie sociale et économique de notre pays est capable de se mettre à l’arrêt pour préserver les plus fragiles.
Nous avons toutes et tous multiplié des gestes bienveillants à leur égard, et la mobilisation ne s’est pas arrêtée au stade des citoyens : voisins, bénévoles, aidants, acteurs de la vie économique et sociale, entreprises, mutualistes, organismes de protection sociale, associations, collectivités locales, toutes ces forces vives se sont inscrites dans un même élan d’humanité et d’altruisme.
Leur mobilisation a été salutaire et permet de fournir au quotidien des réponses adéquates et adaptées au contexte local.

A travers cette mission, je m’attèle à coordonner cette mobilisation et à penser sa pérennité dans l’après-crise.

 

2 . D’après vous, qu’est-ce qui sera déterminant dans l’après-COVID : à domicile ? en établissement ?

La crise met en lumière l’engagement quotidien honorable et salutaire des professionnels du grand âge, travaillant à domicile comme en établissement.
Ces professions trop souvent dévalorisées, en tension, doivent être au cœur de la très attendue réforme « Grand âge et autonomie », dont la nécessité est décuplée par la crise.
Dans le cadre de cette réforme, c’est l’ensemble des sujets ayant trait à la révolution de la longévité qui devront être abordés de manière transversale : mobilité, santé, évolution des services et des établissements, moyens humains et financiers, priorité donné à la prévention, changement de regard sur les aînés.
Plus largement, il s’agira de penser de façon plus croisée nos politiques sociales, de santé et de solidarité, tant on perçoit bien la complémentarité de leurs approches, et d’impulser une politique ambitieuse d’appui aux engagements individuels et associatifs.

 

3. Quel message avez-vous envie d’adresser aux aidants ?

Je suis bien conscient de combien la crise actuelle accentue les difficultés matérielles et socio-psychologiques inhérentes à leur vie quotidienne, de leur investissement chronophage considérable au quotidien, des dilemmes qui peuvent les traverser.
Un grand nombre d’initiatives viennent les soutenir et les accompagner, mais aussi leur offrir des nécessaires temps de répit, elles seront recensées sur une plateforme gouvernementale en cours de montage, qui viendra outiller tous les acteurs de la lutte contre l’isolement.
Je travaille par ailleurs dans le cadre de la mission à accélérer la mise en œuvre de certains dispositifs prévus dans la stratégie nationale aidants.